Cauchemar à bord !

Cauchemar à bord !

C’est un grand jour pour Xavier. L’inauguration de son premier restaurant situé en plein centre de Fécamp, est enfin arrivée. Rien ne doit être mis sur le compte du hasard. Il sait qu’il est attendu au tournant.

  • Eh bien les amis ! je crois que tout est prêt. On va pouvoir ouvrir. Qu’en pensez-vous ? prononce-t-il de sa voix rauque
  • T’en es sûr mon capitaine, j’te sens un peu stressé ? chantonne Danny
  • Stressé ? reprend-il en feintant de rire

Danny n’avait pas tout à fait tort. Xavier était mort de trouille. Mais il devait garder son sang-froid. Il ne pouvait plus reculer, à présent.

Trois ans auparavant, ce garçon de 28 ans avait décidé de réaliser son rêve qui lui était apparu comme une vision, un soir d’été. Dans son sommeil, il s’était vu tel un grand chef étoilé d’un splendide restaurant parisien. Préparant des plats succulents et innovant avec des aliments venus des 4 coins du globe terrestre. 

Depuis ce moment, cette vision ne l’avait plus jamais quittée.

En un éclair, il avait tout plaqué. Son poste d’agent de sécurité dans un centre commercial, qui lui permettait tout juste de manger et de payer avec peine ses factures. 

Puis, grâce aux réseaux sociaux, il avait rétabli le contact avec son ancien professeur de cuisine qui lui avait vivement suggéré de reprendre ses études.                 

A cette occasion, son oncle Simon qui croyait en son projet , lui avait donné un coup de pouce financier. Au fond de lui-même, l’oncle généreux, espérait qu’au moment opportun, son neveu ne l’oublierai pas .

Deux ans plus tard et le CAP cuisine en poche, Xavier avait toujours la même verve. Il s’était fait embaucher dans le restaurant où il avait effectué son dernier stage à Paris. Un restaurant aux spécialités des produits de la mer. 

Après de longues années d’absence, l’enfant du Pays est de retour aux sources. Désormais, il va régaler les papilles des siens. 

Les portes du restaurant « LA REGATE » s’ouvrent enfin, face à une houle de gens, de badauds curieux, qui chahutent de bon cœur devant le nouvel établissement, couleur marins.

J’espère qu’ils ne sont pas tous là ce soir pour diner ?  se demande Xavier prit de panique

L’établissement ne pourra pas contenir tout ce monde. 

Le maire de la bourgade est là. Il prend la parole, haut et fort et évoque le parcours scolaire chaotique du jeune homme, quelque peu gêné par cette anecdote dont il aurait voulu s’en passer.

C’est vrai ! je n’étais pas une tête. Mais voilà, je m’en suis sorti ! Comme quoi, faut croire en ses rêves et foncer ! se dit- il en lui-même pour se justifier

Néanmoins, Monsieur le Maire termine son discours sur une note positive. Cet homme dégarni avec le temps, émet des souhaits de longévité pour le restaurant, qu’il espère florissante et invite sans plus tarder Xavier à couper le ruban rouge, ensemble.

Tandis que Danny et Stéphane, les deux acolytes , se tiennent prêts, de chaque coté des deux hommes, et attendent impatiemment le signal pour faire sauter les bouchons de lièges des bouteilles de champagne qu’ils ont en leurs mains.

Les serveurs et serveuses, embauchés quelques jours plus tôt, quant à eux, sont habillés pour l’évènement, en tenues de matelots et traditionnelles de la région, entrent en scène sur une musique du folklore normand, et invitent les convives à les imiter en faisant quelques pas de danse.

Ces derniers, ravis par cette convivialité et émerveillés par les petits fours sucrés et salés qui fondent lentement dans les bouches et adoucissent leurs papilles gustatives attendent avec empressement de découvrir la carte de leur hôte.

Une ambiance de bonheur et de joie plane dans cette atmosphère de bien-être. Xavier et ses amis en cuisine, assistent fièrement à cette soirée . « Ce n’est peut-être pas Paris dans un grand Palace… Mais tout ça, c’est à moi ! à moi seul. » déclare le chef de ce lieu

Un bruit strident venant de la salle de restauration, interrompt la discussion des trois compères. Et sans attendre, ils se précipitent dans la pièce.

Dans un magma incohérent, deux hommes venants aux mains, s’injurient, renversent les tables et les chaises, devant des invités stupéfaits. L’un des deux est le père de Xavier, l’autre armé d’un couteau de boucher, n’est autre que son oncle Simon. Personne à présent, n’a tenté de le désarmer. Celui-ci  les menaçant de son arme blanche.

Dans une éruption de colère, Xavier explose sans prendre garde à cet homme qui lui fait face.

  • Putain ! mais qu’est-ce que tu fais ! ça ne va pas la tête ! t’es malade ou quoi ? crie-t-il à son oncle
  • La, la ferme, p’tit con ! c’est mon restaurant ! menace son oncle en soulevant le couteau pointu

Tel un paquebot qui chavire, la soirée coule vers les méandres de la peur. Tous le monde n’ose bouger et assiste impuissant à ce tremblement de terre prêt à les faire vaciller.

L’oncle quelque peu éméché semble déterminé à ne pas se rendre malgré les tentatives de quelques hommes pacifistes et courageux.

Face à son neveu, il revient à la charge et s’en prend de nouveau à lui.

  • Tu, tu crois que tu peux… revenir comme ça et t’installer avec mon argent ?
  • De quoi parles-tu ?
  • Tu, tu sais très bien ! tu ne m’as même pas ass … associé à ton affaire !

Simon veut sa part du gâteau. Ce qui lui semble légitime. Xavier n’aurait jamais réussi sans lui et son argent. 

Confus du linge sale qui se lavait en famille devant ses invités, Xavier s’excuse auprès d’eux et aussi auprès de son oncle qui face à ces regrets sincères, baisse sa garde.

Danny en profite pour le désarmer et se saisie du couteau. Honteux de son comportement minable, Simon se laisse tomber sur une chaise, servant des propos incohérents. A la vue de ce volcan d’émotions, Xavier et son père décident de le raccompagner à son domicile.

Un raz de marée vient de souffler dans ce restaurant qui éclore à peine. Mais heureusement, il n’y a eu aucun noyé et la fête peut continuer.

1 commentaire pour l’instant

Mendy Publié le7 h 40 min - 23 septembre 2020

Merci pour ce délice sucrée

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