Héros malgré lui

Héros malgré lui

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 1er Octobre 1995. Berni Lorens, débarque à Wittlich en Allemagne, avec vingt autres jeunes hommes à peine sortis de l’adolescence. Ces garçons âgés entre 18 et 20 ans ont une vague idée de ce qui les attend dans ce nouveau pays.

Quelques mois plus tôt, à Cambrai, Berni avait simulé lors de ses trois jours, qu’il était sourd durant la visite médicale. Le médecin qui l’avait ausculté l’avait vu venir et ne s’était pas laissé duper.

« Apte ! Vous êtes apte, mon gaillard ! avait crié le médecin, un clin d’œil à l’appui »

Sans l’ombre d’un doute, Berni Lorens allait bel et bien effectuer son service militaire.

Ce qu’il maudissait cette réforme, qui obligeait des jeunes garçons à peine sortis de l’école, à partir faire la guerre « pour de faux ». Loin de chez eux.

Et quelle perte de temps ! pensait ce gamin de 18 ans fraichement diplômé

Justement ! Berni n’avait pas de temps à perdre avec ses bêtises. Il y avait la ferme familiale à quelques kilomètres de Vierzon . Qui allait s’en occuper en son absence ? 

Ses parents devenaient âgés et n’avaient plus la même ferveur qu’autrefois. Ils avaient consacré toute leur vie à labourer la terre.

C’était au tour de Berni de prendre la relève.  Lui, qui s’empressait de mettre la charrue avant les bœufs, allait devoir attendre et prendre son mal en patience.

Désormais, tous ses projets tombaient à l’eau.

Puis, 10 mois qu’est- ce que dans une vie ? Peut-être RIEN ! Mais pour Berni, c’était un sacrifice qu’il n’avait pas choisi.

Ce rouquin d’un mètre quatre-vingts, déjà bien bâti pour son âge, avec ses tâches de rousseurs sur le nez et ses pommettes, n’avait pas l’ombre d’une méchanceté. 

Par dessus tout , il détestait les disputes, les conflits, les guerres …   Et les armes à feu. Il en avait horreur ! 

10 octobre 1995. Cela fait un peu plus d’une semaine, que Berni et ses acolytes ont quittés les 4 coins de la France pour se retrouver sur le territoire allemand. 

Très vite, ces jeunes soldats ont trouvé naturellement leurs marques dans la caserne . Levé à 4h00 du matin . 2 heures de sport intensif. Marche au pas devant un sergent pas très commode.  » les bitos  » aimait-il les nommés .

Retour dans les chambres. Douche. Puis de nouveau dans la cour, pour la levée du drapeau Français. A 6h00 précise.

Deux mois avaient passé . Berni s’était lié d’amitié avec Basile, un français d’origine sénégalaise durant leurs classes . Notamment à la « October Fest » , la fête de la bière où Basile avait fait sensation en démontrant auprès de ses coéquipiers , ses talents de buveur de bière. Les deux pochtrons partageaient la même chambre avec trois autres soldats dans une pièce rudimentaire de 30m2. Les sanitaires, elles étaient à l’extérieur du bâtiment.

Pour  clôturer ces classes, deux casernes Allemandes devaient s’affronter à celle dont Berni dépendait, dans un parcours du combattant avec des murs à franchir, des cordes à tirer dans son camp et autres activités sportives à en couper le souffle . Ces affrontement avaient hâtivement renforcer les liens des gamins, de part et d’autres, dont l’intérêt commun était de remporter la victoire pour son propre camp.

Hiver 1995. Nous sommes en décembre. les fêtes de fin d’année approchent à grands pas. Cette année , Noël sera différent. Les soldats n’auront pas de permission pour retrouver leurs familles respectives . L’annonce de cette nouvelle, tombe comme une massue et plombe l’atmosphère . Pourtant, ces jeunes gens se faisaient une joie de rentrer chez eux auprès des leurs. Dorénavant, ils allaient rester à la caserne avec les gradés. Ce qui ne les enchantaient guère.

Ces jeunes affectés à la Défense allaient en mission. Les fêtes allaient donc se passer d’eux, cette année. 

Le jeune rouquin et sa bande déçus, étaient loin d’imaginer ce qu’il les attendaient . 

22 Décembre 1995. Levée à 3h00 du matin. Charge des sacs à dos . Changes , sac de couchage et denrées. Marche à pieds . 30 km aller prévus à travers la forêt,  les marécages. Casque sur la tête. Les visages camouflés de boue couleur caca d’oie.  Le fusil à bras le corps comme en temps de guerre. 

 » Ecoutez les bitos, votre arme fait parti de votre corps, compris ! »  » vous marchez avec, vous dormez avec »  proclama le sergent chef 

Tous en chœurs, les soldats répondirent par une affirmation . Ce qui illumina l’égo surdimensionné du sergent .

 » En avant , marche !  » hurla t’il gonflé à bloc

Les recrues suivirent leur chef au pas. Les uns derrière les autres.  

Le binôme que formait, Berni et Basile étaient à la traine. Surtout Basile qui n’en pouvait plus . 

Le Vierzonnais, le soutenait de son mieux afin de lui éviter à faire du trou. Mais le sénégalais était à bout de force et sur les nerfs.  

Il avaient déjà parcouru 15 km dans un froid glacial et n’étaient qu’à mi-chemin du camp où ils allaient passer la nuit. 

Ces circonstances mettaient leur résistance physique et mentale, à de rudes épreuves.

Délicatement, l’obscurité se faufilait, laissant le soleil disparaitre paisiblement dans un ciel couvert et sombre.  Enfin, ils arrivèrent dans une prairie où ils dressèrent les tentes pour la nuit. Tous les trois heures les soldats se relayaient à l’extérieur de la tente et montaient la garde.

01h15. C’était au tour de Basile de monter la garde. Quand soudain, un coup de feu retentit. Le sergent et les autres soldats encore endormis, sortirent  brusquement de leurs tentes respectives.

Ils virent Berni prendre le FAMAS dans les mains de Basile. Ce dernier s’effondra au sol et se mit à pleurer à chaudes larmes. 

La pression, le manque de sommeil, avaient eu raison du jeune sénégalais qui avait fini par craquer. Berni, lui, avait fait preuve de sang froid et gardé son calme face à son camarade complétement dépassé .  

Plus tard, le sergent prit Berni à part et le remercia d’avoir su maitriser une situation délicate. Quant à Basile, il reprit ses esprits, et tomba dans les bras de son binôme en guise de reconnaissance.

Ce jour là, Berni Lorens, jeune fermier du fin fond du Cher, devint un héros, malgré lui.   

1 commentaire pour l’instant

Verodom Publié le14 h 23 min - 16 mars 2021

Une jolie histoire.

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